16/12/2008
HIVER
L'hiver
Mes volages humeurs, plus stériles que belles,
S'en vont, et je leur dis : " Vous sentez, hirondelles,
S'éloigner la chaleur et le froid arriver.
Allez nicher ailleurs pour ne fâcher, impures,
Ma couche de babil et ma table d'ordures ;
Laissez dormir en paix la nuit de mon hiver. "
D'un seul point le soleil n'éloigne l'hémisphère ;
Il jette moins d'ardeur, mais autant de lumière.
Je change sans regrets lorsque je me repens
Des frivoles amours et de leur artifice.
J'aime l'hiver, qui vient purger mon coeur du vice,
Comme de peste l'air, la terre de serpents.
Mon chef blanchit dessous les neiges entassées
Le soleil qui me luit les échauffe, glacées,
Mais ne les peut dissoudre au plus court de ces mois.
Fondez, neiges, venez dessus mon coeur descendre,
Qu'encores il ne puisse allumer de ma cendre
Du brasier, comme il fit des flammes autrefois.
Mais quoi, serai-je éteint devant ma vie éteinte ?
Ne luira plus en moi la flamme vive et sainte,
Le zèle flamboyant de ta sainte maison ?
Je fais aux saints autels holocaustes des restes
De glace aux feux impurs, et de naphte aux célestes,
Clair et sacré flambeau, non funèbre tison.
Voici moins de plaisirs, mais voici moins de peines !
Le rossignol se tait, se taisent les sirènes ;
Nous ne voyons cueillir ni les fruits ni les fleurs
L'espérance n'est plus bien souvent tromperesse,
L'hiver jouit de tout : bienheureuse vieillesse,
La saison de l'usage et non plus des labeurs.
Mais la mort n'est pas loin ; cette mort est suivie
D'un vivre sans mourir, fin d'une fausse vie
Vie de notre vie et mort de notre mort.
Qui hait la sûreté pour aimer le naufrage ?
Qui a jamais été si friand du voyage
Que la longueur en soit plus douce que le port ?
Agrippa d'Aubigné (1552 - 1630)
17:36 Publié dans POESIE | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
08/04/2007
LETTRE A MES AMIS PERDUS........
CET APRES MIDI DE PAQUES ,MEME TEMPS QU'HIER LE CIEL NOUS TOMBE SUR LA TETE ! POURQUOI ?...
ALORS JE VOUS PROPOSE UN MOMENT AVEC RENE GUY CADOU ET JULOS.....
01 Lettre à des amis perdus.wma
Le chanteur Julos beaucarne.
LETTRE A DES AMIS PERDUS
René Guy Cadou
Vous étiez là je vous tenais
Comme un miroir entre mes mains
La vague et le soleil de juin
Ont englouti votre visage.
Chaque jour je vous ai écrit
Je vous ai fait porter mes pages
Par des ramiers par des enfants
Mais aucun d'eux n'est revenu
Je continue à vous écrire.
Tout le mois d'août s'est bien passé
Malgré les obus et les roses
Et j'ai traduit diverses choses
En langue bleue que vous savez.
Maintenant j'ai peur de l'automne
Et des soirées d'hiver sans vous
Viendrez-vous pas au rendez-vous
Que cet ami perdu vous donne
En son pays du temps des loups?
Venez donc car je vous appelle
Avec tous les mots d'autrefois
Sous mon épaule il fait bien froid
Et j'ai des trous noirs dans les ailes.
RENE GUY CADOU, POETE, 1920-1951
Au cours de sa brève vie, l'instituteur est un poète acharné qui écrit entre 5 et 8h du soir dans sa chambre devant sa fenêtre. Il côtoiera les plus grands poètes de l'époque de l'après-guerre.
Il perd assez tôt sa mère, puis son père. Il fait des études de philosophie au lycée Clemenceau de Nantes. Il est d'abord proposé au tri postal, puis nommé instituteur remplaçant, ce qui le conduira dans plusieurs villes de la Loire-Atlantique.
Quand il est nommé instituteur à Louisfert en 1946, il y restera jusqu'à sa mort en 1951.
René Guy Cadou était un grand poète. Il connaissait les oiseaux par leur nom. Il savait mettre les vrais mots sur les choses.
VOUS AVEZ VU C'ETAIT UN ORNITHOLOGUE AMATEUR !!!!(je vous invite à retourner dans mes notes "ornithologie" j'ai ajouté qq chansons pour accompagner les photos)

21:35 Publié dans POESIE | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note







