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23/12/2008

MARIE ROUANET ,SOUVENIR DE NOEL...

medium_Marie_Rouanet.3.jpgCamarès (Aveyron)

Le vin devenait celui du partage, celui-là même de la cène.

Cette année-là, le froid vif et clair fut enfin dans nos régions vers le 20 décembre, rendant tout d’un coup crédibles les vitrines ornées de glaçons de verroterie, de givre en paillettes, les neiges immaculées en aggloméré, la ouate aux branches de sapins de plastique. Le Père Noël, à l’entrée des Nouvelles Galeries, ne suerait plus, misérablement, sous sa houppelande.
Et je ne décolérais pas contre moi-même. Cette année-là, j’avais accepté de chanter à une messe de minuit particulière, trop particulière : chanter de vieux noëls occitans lors d’une célébration qui se déroulerait dans le hall de la gare de Montpellier, au lieu d’aller la célébrer dans un village.
Et je mesurais tout le bonheur perdu : lancer sa voix dans des lieux aux formes parfaites, retrouver pour quelques heures les traditions anciennes, rêver que se ranimait la campagne si dépeuplée que « les morts sont plus nombreux sur la plaque du monument aux morts que les vivants dans les rues »

medium_Gare_de_montpellier.2.jpg

Le froid arriva donc, et je me retrouvais ficelée par mon engagement toute bête et pleine de regrets. La gare de Montpellier, nouvelle alors, est un jeu d’escaliers mécaniques, de vitrages et de portes automatiques. L’autel était installé à l’étage, au centre d’un décor si visiblement destiné à autre chose qu’il était dérisoire et un peu ridicule : guichets, allées et venues, trains nombreux et voix désincarnées annonçant arrivées et départs. Des vents coulis nous faisaient frissonner en permanence et à travers le verre on voyait le trafic d’une grande gare, les lumières de la ville, mais aussi le ciel.
Je n’étais pas la seule à avoir été piégée là, une « danseuse de Dieu » grelottait dans sa mini-robe et les musiciens se frottaient les mains pour les réchauffer.
La veillée commença. Les flammes des cierges vacillaient dans le courant d’air. L’autel et quelques rangées de chaises placées au centre sans délimitation créaient un espace étrange et ouvert, où parlait à voix menue, dans le tohu-bohu du monde, le prêtre qui annonçait la Bonne Nouvelle. Des gens emmitouflés et pressés nous jetaient un coup d’oeil en attendant de descendre vers les quais, des oreilles recevaient des chants, des bribes de message évangélique, une mélodie qui leur rappelait peut-être quelque chose. Ils passaient. Mais qui peut savoir où tombe la semence ?
Seuls restaient les marginaux, à demi ou tout à fait clochards, ceux qui trouvent habituellement refuge dans les gares.

medium_SDF.jpg

Ils étaient là. D’abord debout aux franges d’un lieu qui, pour n’être pas entouré de barrières, devait leur paraître sacré, mais investissant peu à peu les sièges. Ils étaient là, mal lavés, mal peignés, avec leurs chiens, leurs chevelures de vagabonds, les ballots ficelés contenant tous leurs biens, leurs odeurs de vieille cigarette, de vin aigre, de sueur ancienne. Peu à peu, enlevant leur bonnet, quelques-uns prirent place. Ils écoutaient en silence, faisaient le signe de la croix, essayaient de suivre l’office sur la feuille distribuée. Certains reprenaient les refrains. La danseuse de Dieu dansait, je chantais, le prêtre racontait Noël. Parfois il s’interrompait pour laisser passer le bruit de tonnerre d’un train.
Voilà que, peu à peu, naquit la lumière. Le village ? La partie désuète de loto ? Que seraient-ils venus faire dans les spasmes de la planète ?
Cette fois, l’Église était sortie de ses murs protecteurs et prenait place au milieu des hommes. C’était Bethléem, car, en l’absence de bergers pauvres et analphabètes,l’enfant-Dieu s’offrait à l’adoration des clochards. Même l’occitan, langue des humbles, humble langue, était à sa place.
Après, on fit réveillon. Avec tous les présents. La jolie danseuse s’assit au milieu de tous. Les prêtres offrirent le vin et les friandises. Eux, les exclus du monde, retrouvaient les gestes de la politesse, disaient « c’est bon » et « merci ». Ils arrêtaient d’un geste les serveurs de vin : « Ça suffit. » Le vin, ils n’en avaient plus besoin comme drogue d’oubli. Il devenait celui du partage, celui-là même de la cène.

medium_verre-de-vin-et-traces-de-repas.jpg

Nous étions tous dans une grande innocence, un état de grâce d’avant le péché. La gare de Montpellier était la crèche.
Ce Noël de l’inconfort et de la vraie parole, je ne risque pas de l’oublier.

18:40 Publié dans NOEL | Lien permanent | Commentaires (5) |  Facebook

Commentaires

Salut grand Jacques !
ta note me fait penser tout d'un coup à Berger
qui voulait chanter pour ceux qui sont loin de chez eux ..!
Amitiès chaleureuses pour ce Noèl avec les tiens et joyeuse fin d'année !
Jacques

Écrit par : ventdamont | 23/12/2008

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Une bien belle histoire Jacques pour mettre en valeur le mot essentiel : le partage.
Tu ravis le coeur là. Bises. Monique

Écrit par : monique | 23/12/2008

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oui je relisais, cette Cène improvisée est d'une si haute humanité, l'Eglise qui sort dans la rue, et va vers l'Autre, le Frère,
je repense ( curieux rapprochement ) à ce passage du "Pianiste", le partage du caramel entre les membres de la famille avant l'embarquement pour l'enfer

merci pour tout ça,

Écrit par : framboisine | 24/12/2008

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Le courage d'être avec eux, parmi eux, ne m'est pas encore donné.
Je suis trop petite devant tant d'amour à partager.
Peut-être qu'un jour j'oserai franchir le pas...

Écrit par : Charline | 24/12/2008

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Superbe site, je vous remercie de partager ces idées et notez en 1er lieu que je "plussoie" pleinement votre positon ! J'insiste, votre site est réellement bien bon, il me faut maintenant découvrir le reste de votre site ! Désolé si besoin pour les fautes éventuelles, n'étant pas francophone, j'ai utilisé Google Translate.

Écrit par : e cigarette info | 27/04/2010

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