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16/05/2007

MARIE ROUANET (suite)

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A L'INTENTION D'HELENE A QUI JE SOUHAITE DE NOUS REVENIR VITE ET EN EXCELLENTE FORME !

Entretien avec Marie Rouanet

SR : "Tour à tour enseignante, chanteuse, élue, engagée dans divers domaines, écrivain, n’avez-vous pas "zappé" votre vie ? "

Marie Rouanet : "Travailler, prendre part à la vie collective, c’est la moindre des choses pour tout être qui veut vivre au milieu des autres.
J’ai suivi la carrière de l’enseignement en totalité. Pour moi, gagner ma vie dans un métier différent de celui d’écrire fut la garantie de ma liberté.
M’engager dans la lutte pour la langue d’Oc, contre les centrales nucléaires, participer à diverses associations -comme "personne" et non en écrivant- j’ai trouvé cela sain. Il n’y rien de tel que de mettre la main à la pâte, afficher, manifester, distribuer des tracts, être avec le militant de base.
Le mandat électoral, lui aussi, fait partie des actes nécessaires. Quitter ce que l’on écrit pour s’occuper des ordures ménagères ou du plan de circulation, quelle bouffée d’air dans le cerveau !
A côté, en dessus ou dessous, comme l’on veut, il y a la création -des chansons, des livres- , ce travail sur le langage. Je n’y ai pas parlé des autres aspects de ma vie, ni de ma vie familiale, mais tout mon vécu a nourri en profondeur mon écriture (qu’il s’agisse du chant ou de la narration, c’est sur le langage que porte la recherche, ma recherche créatrice). Dire au plus juste. "

SR : "Vous évoquez vos « racines »... "

Marie Rouanet : "Desquelles parle t-on ? De sa lignée ? De son pays ?
Pour ce qui est des miens, j’ai l’orgueil de compter des ancêtres qui furent pauvres et restèrent droits. Je n’oublie jamais de parler de leur rapport à l’argent qui manque, aux duretés du travail, aux maladies qui vidaient leurs maigres économies. J’aime glorifier ces humbles dont je suis issue.
Pour ce qui est du pays d’origine, je me méfie de ce que l’on nomme les « racines ». Quelles sont les racines d’un « beur » ? Un Magreb où il ne reviendra jamais ? Non, les racines s’est de s’atteler à vivre là où on est, en prenant le lieu où l’on se trouve à bras le corps. Je trouve dangereux de rêver d’un pays où l’on ne vit pas. "

SR : "Comment expliquez-vous cette relation privilégiée à la terre ? "

Marie Rouanet : "La terre. Voilà une notion bien vague. Je suis née et j’ai vécu en ville. C’est un territoire comme un autre et qui en vaut un autre. Je n’avais aucun grand parent paysan où aller en vacance. Ma relation avec une terre agricole date de mon mariage. J’étais donc femme faite. Avant, je n’avais jamais tué un poulet.
Et justement, dans ce désir de vivre une réalité et non de l’inventer, j’ai pris pied ici, dans un pays sans vignes et sans mer. J’ai fait sa connaissance. Toute connaissance exige du temps. Il n’est jamais perdu. Je l’ai fréquenté en toutes saisons. J’ai puisé dans ses trésors.
J’en aime la beauté, les prés, les emblavures déployés jusqu’à l’horizon, j’en aime le silence et la solitude. Mais j’aime « en vérité », mesurant sa réalité de modernité, sa charge d’Histoire, ses hommes et leurs drames, leurs joies, la chronique et pas la plus drôle ni la plus gaie. Des cœurs, des destins, des déchirures, des enthousiasmes. Comme partout. Ce qui est autour de moi me renseigne sur le reste du monde...
si je sais bien regarder. "

SR : "Parlons du temps...Celui qui passe et qui se mesure. A-t-on aujourd’hui le temps de cuisiner ? "

Marie Rouanet : "J’ai envie d’éclater de rire. D’abord parce que bien manger au quotidien ne demande pas beaucoup de temps. Ensuite parce que l’humanité des pays riches n’a jamais eu autant de temps de loisirs.
Supprimez votre télévision, et vous verrez surgir des heures disponibles. Dois-je vous préciser que nous n’avons jamais eu la télévision à la maison ? Ni de bruit de fond, une musique par exemple, diffusée en permanence ? Les moments où je fricasse, où je trie, où je jardine sont de paix et de pensée profonde. "

SR : "La cuisine, est-ce de l’amour ? "

Marie Rouanet : "En elle-même non, mais savoir que l’on fait plaisir, que le moment du repas est un moment privilégié pour la famille, pour l’amitié, pour la tendresse amoureuse, cela donne une qualité particulière à la préparation des mets. En ce sens, il y a amour ou amitié. "

SR : "Y a-t-il une « nostalgie » des saveurs, le regret des choses passées ? "

Marie Rouanet : "Il y a la mémoire dans tout acte lié à la table. Je sais que jamais les macaronis au gratin n’auront le goût qu’ils avaient dans mon enfance, que les aubergines farcies de ma mère sont inégalables. Parce que je n’ai plus dix ans et que rien ne me les rendra, parce que derrière les aubergines il y a sa douce tendresse. Mais comment regretter ce qui nous a comblé de joie ? Maintenant, ma chance est de faire la même chose pour les miens. "

SR : "La cuisine de terroir est-elle encore une réalité de notre quotidien ? "

Marie Rouanet : "La réalité, c’est que nous ne nous contentons plus de ce qui fit les délices d’une société où les circuits courts des denrées faisaient la table monotone. Qui offre encore le potage de viande -le nec plus ultra- et la poule farcie pour les jours de fête ? Et la fouace comme dessert de choix ?
Nous sommes devenus difficiles comme des enfants gâtés. Il y a peu de temps, j’ai été invitée à un repas qui se présentait comme de « terroir ». Entrées de crudités et de charcuteries. Bouchées à la reine. Poisson. Faisan à la broche. Fromages. Gâteau géant. Mais :
Les crudités -très jolies par ailleurs avec leur mosaïque de couleurs- venaient du supermarché, le maïs en particulier, transgénique en plus. Certes, elles avaient été préparées et agencées par d’artistes mains.
Charcuteries : de la boucherie essentiellement. Peut-être un peu de pâté maison...
Le poisson était un saumon farci, venu de chez Agrigel. Les bouchées à la reine garnies de ris d’agneau congelés.
Les faisans furent flambés dans la cheminée, mais ils avaient été lâchés la veille de l’ouverture de la chasse. Donc pas plus sauvages qu’une pintade.
Bref, la suite à l’avenant. Même pas de Roquefort dans le plateau de fromage.
Était-ce du terroir ? Oui, d’un certain côté. On peut dire que les éléments de ce repas avaient été exorcisés. Le travail des femmes, la broche gérée par les hommes avaient comme effacé les origines des produits.

On aurait pu croire... "

Propos recueillis par Serge Raynaud, le 15 juin 2006.
Serge Raynaud, professeur technique en Organisation et Production Culinaires au lycée polyvalent des métiers de l’hôtellerie et du tourisme de Saint Quentin en Yvelines à Guyancourt.


Voici un message que j'ai reçu de Serge Raynaud et que je publie volontier ce jour 22 Septembre 2007:

Bonjour Jacques Lecerf!

Je suis cuisinier et ça mène à tout! Même à votre blog sur lequel j'ai découvert l'interview de Marie Rouanet que j'avais réalisée!
Pourriez-vous mettre un lien vers le CRNHR, le site que j'anime d'où est extraite cette interview? ( http://www.hotellerie-restauration.ac-versailles.fr )
Merci de me préciser cela.

Sinon, votre blog est très beau, et donne envie de protéger un peu notre belle planète (grise) bleue!
Natif de Capestang, dans l'Hérault, je vis depuis 23 ans dans les Yvelines, et je vais assez souvent dans le Nord et le Pas de Calais...
Comme quoi, même vue du sud de l'Avesnois, ou des sommets de la Provence, la France reste un petit pays!

Bonne retraite. Bien cordialement.
Serge Raynaud

Commentaires

Je lis le début et cela me semble si intéressant que je fais une copie pour pouvoir le lire et le relire. Quelle dame en effet ! et dont l'idée de la vie est passionnante. Merci Jacques.
Bises et à bientôt
Monique
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Bonjour Monique
C'est toujours un vrai plaisir de partager les bonnes choses !
Bises
Jacques

Écrit par : monique-âne | 16/05/2007

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Cher Jacques

Quel plaisir de se promener avec toi !
Plaisir que je vais vite partager avec mon entourage avant de revenir d'autant plus vite dans la vallée de La Bléone .
Marie Rouanet m'accompagne depuis...des lustres . Le livre par laquel j'ai commencé dans les années 68 ...reste plus que jamais d'actualité. Il s'agit "Des enfants du bagne"consacré au bagne d'Aniane près de Béziers ; un des derniers me semble-t-il . Il redevient urgent de le lire.
J'adopte ton site pour les belles promenades littéraires que tu nous offres.
A très bientôt
Dominique

Écrit par : Dominique BELMER | 16/05/2007

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Bravo pour la récompense méritée, NT a vu juste! Bonne journée à toi framboisine

Écrit par : Framboisine | 16/05/2007

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Je ne ferai pas de commentaire particulier, car tout est dit dans ta note sur Marie Rouanet.
Félicitations pour ta mise en avant du magasine Notre Temps.

Amitiés.

Jean Claude

Écrit par : Jérémie Ménerlache | 16/05/2007

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Pas de fausse modestie mon cher frère; TU ES LE MEILLEUR!!!! Un sacré blogueur!!
A quand des infos sur tes activités de fouilles archéo.?

Écrit par : lecerf alain | 16/05/2007

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